Sous le même toit à 60 ans d'écart
Le matin, Yajing He, étudiante chinoise de 25 ans, se rend à l’Ecole supérieure d’interprètes et de traducteurs où elle est inscrite en Master 2. Le soir, elle retrouve sa « colocatrice » Mme de Saint Simon, qui, à 87 ans, vit seule à Boulogne. « C’est une relation beaucoup plus humaine que d’autres formes de colocation », explique Yajing qui ajoute : « Madame est un peu comme ma grand-mère ». Le duo marche si bien que Yajing a choisi de rester une nouvelle année universitaire avec sa logeuse.
Pour Madame de Saint-Simon, cette solution de « logement intergénérationnel » est aussi idéale. « J’ai horreur de la solitude mais en même temps je suis très indépendante. Je n’ai besoin de rien, c’est le fait d’avoir quelqu’un à la maison qui compte », explique-t-elle d’une voix forte, déterminée. Depuis septembre 2009, Yajing lui prépare le matin son petit déjeuner et le soir, en semaine, elles dînent ensemble. « On fait quelque chose de très simple, je fais le menu, Yajing réchauffe les plats et j’ai aussi des surgelés », ajoute Mme de Saint-Simon.
Une participation aux frais
60 années les séparent, mais une véritable complicité s’est nouée entre Yajing et sa logeuse. « On ne manque pas de sujets de conversation : les actualités, nos familles … Et si Madame ne peut pas débrancher une prise, lire un numéro de téléphone ou atteindre une étagère, je l’aide », explique Yajing. En échange de ce temps passé ensemble, Yajing ne paye pas de loyer mais participe aux frais d’entretien (eau, électricité) en s’acquittant de 200 euros par mois. « J’aime mieux être à deux que toute seule entre les 4 murs d’un studio au prix exorbitant », explique Yajing qui dispose chez Mme de Saint Simon d’une chambre et d’une salle de bains personnelle.
Un phénomène de société
« On est dans l’échange pur et simple entre deux générations », explique Elisabeth Ambroselli, l’une des bénévoles de l’association Logement Intergénération qui a mis en contact Yajing et Mme de Saint Simon. L’association compte à Paris plus de 60 binômes.
Et à l’étranger ?
C’est en Espagne que la cohabitation intergénérationnelle est la plus développée. Dès 1991, des expériences de
« Alojamiento por Compañia » se sont mises en place, financées par les mairies. Le pays en compte désormais 16 dans toutes les principales villes espagnoles (Madrid, Barcelone, Bilbao…).
C’est également dans le milieu des années 90 que le concept de logement intergénérationnel est né dans la ville de Darmsdadt en Allemagne. Depuis, l’idée a fait tâche d’huile dans 8 autres villes (Munich, Francfort…), mais demeure encore peu développée.
Outre-Atlantique, aux Etats-Unis, les programmes de « homeshare » se concentrent surtout sur les côtes Est et Ouest du pays.
L’idée a en effet tout pour séduire.
« Cela répond à deux phénomènes de société, l’isolement des personnes âgées qui souhaitent rester à domicile et le problème de logement des étudiants », résume Corinne Belot de Parisolidaire Lyon, une association créée en septembre 2005 qui a mis en place, à cette rentrée, 20 binômes dans la capitale des Gaules. Mais si chaque association reçoit un grand nombre de demandes d’étudiants, aucune ne parvient à toutes les satisfaire « Le concept est compliqué : les personnes âgées demeurent encore méfiantes, et cela touche à des problèmes de famille », résume Elisabeth Ambroselli. A Nantes, Le Temps pour toit confesse ne pouvoir répondre qu’à la demande d’un étudiant sur 2, par exemple. Pourtant, toutes les associations tentent de répondre au mieux aux attentes des personnes âgées en créant des duos par affinités. Ainsi, Ensemble2Générations, une association basée en Ile-de-France qui a déjà permis la cohabitation de 400 binômes en 4 ans, a proposé un étudiant en musicologie à une ancienne pianiste professionnelle. Une passionnée de rugby, qui a été hébergée par le père de Max Guazzini, le président du Stade français, a pu suivre des matchs dans les loges officielles !
Des budgets étudiants sous contrainte
521 Euros : c'est le budget moyen des étudiants d'après une enquête Ipsos/Crédit Agricole de 2009. L'Etat demande aux étudiants étrangers qui souhaitent venir en France un revenu minimum de 430 Euros par mois. Les mutuelles étudiantes estiment quant à elles que les dépenses à prévoir sont plutôt de l'ordre de 800 à 950 Euros par mois.
77% des étudiants sont aidés par leurs proches, 23% travaillent en parallèle et 32% bénéficient d'une bourse, selon l'étude Ipsos.
De nouvelles idées pour faire face aux besoins
Pour répondre au plus près aux besoins, les « formules » proposées aussi évoluent. A Nantes, par exemple, le Temps pour toit ne se cantonne plus au duo « étudiants / personnes âgées ». Désormais 40% des hébergés ont dépassé les 30 ans. Ils se trouvent en rupture ou en réinsertion professionnelle. D’autres associations optent pour différents types d’offres. L’hébergement gratuit reste l’un des principes fondateurs de ce concept. Mais une participation de 100 euros ou même un « loyer » de 20% au-dessous du prix du marché peut être parfois envisagé, comme le propose Ensemble2Générations.
En 5 ans la « cohabitation intergénérationnelle » a pris de l’ampleur. S’il existe aujourd’hui en France une vingtaine d’associations, toutes nées après la canicule de l’été 2003, qui proposent ce type de logement, certaines ont dû fermer. D’autres, faute de subventions, sont en sommeil. « On a identifié un besoin, mais on est encore un peu en avance, explique Typhaine de Penfentenyo, fondatrice de Ensemble2Générations, l’une des 3 associations basées en Ile-de-France. Très vite, ce concept risque de s’imposer comme une obligation dans la mesure où les retraites ne vont pas demeurer aussi élevées ». L’idée serait-elle encore un peu trop avant-gardiste ?
Clotilde Warin
Bonjour, l'an prochain je viens étudier a Cannes La Bocca le probleme est le logement, je voudrais savoir ou est-ce que je pourrais me renseigner pour pouvoir accéder au logement intergénérationnel...Merci d'avance