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Droits

Suivre une formation quand on est employé à domicile ?

Se former dans les services à domicile, quand on est employé(e) en direct chez un particulier, c'est possible. Mais il faut beaucoup de persévérance. D'abord pour se renseigner auprès de la Fédération des particuliers employeurs (Fepem) ou de Pôle Emploi, et surtout, pour convaincre son employeur.

Suivre une formation quand on est employé à domicile ?

Teresa garde des enfants depuis plus de dix ans. Dans le quartier, tout le monde la connaît pour sa compétence et son amabilité. A chaque fois, elle reste plusieurs années chez ses employeurs, et voit les enfants grandir. Mais elle n'a jamais suivi de formation. « J'en ai entendu parler », dit-elle, « je me dis que ça serait bien, mais je n'ai encore jamais demandé. Et je ne sais pas comment faire ». A l'heure ou la professionnalisation est sur toutes les lèvres, le cas de Teresa n'est pas une exception.  On estime que 1% seulement de ceux et celles qui travaillent dans les services à la personne en direct  chez des particuliers ont suivi des formations.
« Nous avons énormément de mal à toucher les personnes en emploi direct. Pour le DEAVS (Diplôme d'Etat d'Auxiliaire de Vie Sociale) par exemple, j'ai eu une stagiaire en 4 ans », témoigne Patricia Collao, responsable de la formation à Arif-Parcours et directrice de l'association Ménage Service. Hélène Wintrebert, directrice de Polyfor, association qui délivre des formations, explique que beaucoup de stages à destination des salarié(e)s employé(e)s par des particuliers doivent être annulés. « Nous devions avoir cette semaine une formation de 5 jours sur la petite enfance, nous n'avons pu la faire, faute de stagiaires », illustre-t-elle.
 
Convaincre l'employeur
Pourquoi est-ce si compliqué ? D'abord parce que la démarche doit venir de l'employeur, ou de l'employeur principal lorsque le(a) salarié(e) travaille pour plusieurs familles. Celui-ci ne voit pas toujours l'intérêt d'envoyer son(sa) salarié(e) en formation. « Ce n'était pas dans mes préoccupations », explique cette chef de service qui doit en permanence jongler pour rentrer à temps le soir chez elle. « Déjà, trouver quelqu'un qui convient, avec qui ça se passe bien malgré les horaires, c'est dur, alors on n'a pas le temps de s'occuper de ça », reconnaît-elle.
Florence Maurin, de la fédération des particuliers employeurs, regrette que la formation ne soit pas mieux connue des particuliers. « Ils ne savent pas qu'ils sont employeurs », explique-t-elle. « Souvent, ils pense que payer par CESU (chèques emploi service universel) règle tous les problèmes. Ils ne se rendent pas compte qu'ils ont des droits et aussi des obligations, ils ne savent même pas qu'ils cotisent pour la formation ».


Organiser son absence
Autre problème : le remplacement des salariés pendant leur absence. « Dans une entreprise, c'est logique d'avoir une politique de formation, on essaie d'organiser le temps en fonction de ça. Mais quand on n'a qu'un seul salarié, la difficulté est énorme », reconnaît Florence Maurin. Pour le(a) salarié(e) qui a plusieurs employeurs, l'organisation de son remplacement devient un véritable casse-tête.
Pourtant, les entreprises et associations de formation démarchent les employeurs particuliers. « Il y en a quelques-uns qui sont volontaires, mais la plupart s'en fichent. Ils disent « ça va, elle est très bien formée», constate Hélène Wintrebert. En outre, si la formation ne coûte rien, puisqu'elle est financée par les fonds de formation auxquels cotise l'employeur particulier, celui-ci doit néanmoins souvent avancer le salaire de la salariée pendant son absence. Même s'il est remboursé par la suite, cette avance peut freiner les bonnes volontés.

Se former, c'est en revanche plus simple pour les employé(e)s qui sont à la fois salarié(e)s en direct et au travers d'un prestataire. Christian Paul dirige l'ADAR Flandre-métropole, association prestataire et mandataire. Parmi les mandatés (employés directement par les familles, pour lesquels l'association sert uniquement d'intermédiaire), il n'en voit quasiment jamais qui ont eu accès à une formation. «Les seules personnes que j'ai vues qui peuvent se former, sont celles qui sont à la fois côté prestataire et mandataire », constate-t-il.

Des formations peu diplômantes
Lorsqu'elles existent, les formations proposées sont souvent de courte durée, et ne sont en général pas diplômantes. « L'emploi direct reste le parent pauvre en matière de formation », explique Florence Jany-Catrice, universitaire spécialisée sur la question. « Elles se limitent à de l'opérationnel, comme éviter les accidents domestiques, par exemple. Et il n'y a pas de stratégie diplômante. Quand l'employé(e) change de travail, il(elle) repart au niveau le plus bas ».
Pour accéder aux formations plus longues (Validation des acquis de l'expérience, Congé individuel de formation, etc.), il faut avoir cumulé un minimum de 3000 heures. Et généralement, la voie de passage, c'est Pôle Emploi. Hélène  Kwa-Akwa a 30 ans. Depuis 11 ans, elle travaille chez des particuliers, avec des périodes creuses. « J'ai demandé à Pôle emploi une formation, il me manquait des heures », explique-t-elle. « Alors j'ai postulé dans une association, qui m'a aidée et je les ai obtenues en 5 mois ». Ensuite, elle a fait la VAE d'auxiliaire de vie.  «  Je voulais me former parce que tant qu'on n'a pas de diplôme, c'est plus difficile d'évoluer. Cela m'a ouvert l'esprit, permis de mieux appréhender le monde ». Du coup, elle ne s'est pas arrêtée là. Elle est maintenant en formation à la Croix rouge pour devenir aide-soignante. «  Depuis que je suis formée, je n'ai plus chômé. Et surtout, après, j'aurai plus de choix. Pendant la formation, je reçois déjà des propositions pour après », se réjouit-elle.
Un parcours malheureusement encore trop rare.

Sandrine Goldschmidt

 

 

 

Publié le 24/11/2010
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