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ECONOMIE

Services à la personne : le mirage des franchises

Nombreux sont les candidats à la franchise, dans le secteur des services à la personne. Attention, l'enthousiasme des débuts se heurte rapidement à des contraintes financières importantes. La franchise est avant tout une bonne affaire... pour le franchiseur !

Services à la personne : le mirage des franchises

En 2010, il existait 161 réseaux de franchise, et 4315 franchisés dans le secteur des SAP, selon la Fédération française de la franchise, soit une augmentation de 35% et 39% par rapport à 2007.
Autant dire que la franchise séduit des candidats de plus en plus nombreux. Jessica Bergin, par exemple, n’a pas hésité une seconde. Lorsque le magasin de puériculture de Saintes où elle était employée comme vendeuse a fermé ses portes, elle a décidé de s’installer en tant que franchisée. Associée à son ancienne responsable, Christelle Plassais, 31 ans, qui voulait aussi s’établir à son compte, elle a choisi le réseau multi-services Axeo. « Pour moi, les franchisés ont plus de chances de maintenir leur structure à flot, explique la jeune-femme de 27 ans.
On bénéficie de la notoriété du réseau, du savoir-faire, de formations ».


Première difficulté : entre le moment où l'on décide de se lancer et la réalisation concrète du projet, il peut s'écouler beaucoup de temps.
« En septembre 2009, il était dur de trouver un financement en Charentes-Maritimes, un département très touché par la crise. Nous ne l’avons obtenu qu’en mars 2010 », explique Jessica Bergin. Entre les atermoiements des banques et leur volonté de trouver un local qui réponde à l’ensemble de leurs critères, il aura fallu un an à Jessica et Christelle pour monter leur projet.

Des contraintes financières importantes
Deuxième difficulté : il faut être prêt à investir beaucoup et à ne pas attendre de rémunération dans les premières années.
Thao Do, ancienne chef de projet informatique, a choisi d’ouvrir uneagence Babychou, spécialisée dans la garde d’enfants, à Asnières dans les Hauts-de-Seine. « J’ai mis 34 000 euros comme capital de départ et j’ai aussi acheté du matériel, explique-t-elle. Mais comme c’est un métier de services, je n’ai pas eu à investir dans un stock, ce qui allège la trésorerie ».
Thao Do l’avoue, elle travaille beaucoup, « 10 à 12 heures par jour et plus en fin de mois car il faut gérer les payes ».  Elle a ouvert sa première agence en mai 2007 et a pu se donner un salaire – très modeste – l'année suivante. « Je me versais 1000 euros de salaire dès 2008, alors que j’avais pensé ne pouvoir me rémunérer qu’au bout de trois ans », déclare-t-elle pourtant.
Un ensemble de sacrifices qui ne l'empêche pas de développer de nouveaux projets.
En octobre dernier, elle a repris une deuxième agence Babychou dans les Hauts-de-Seine à Clamart. Et compte ouvrir une troisième agence à Puteaux.

 

35 000 euros minimum en moyenne pour démarrer
- Pour l’ouverture d’un commerce, vous devez faire l’acquisition d’un pas de porte (un droit au bail) dont le prix variera selon l’emplacement choisi. Hors pas de porte, l'investissement total est de plus de 40 000 euros, selon un calcul établi par AC Franchise. L'apport personnel d'un candidat à la franchise s'élève en moyenne à 15 000 euros.
- Vous devez vous acquitter de frais liés à la création d’entreprise : immatriculation de votre société, rédaction des statuts, investissements matériels d’aménagement (travaux, ordinateurs, mobilier…).
- Vous devez également délier votre bourse afin d’acquitter les frais d’intégration dans un réseau de franchise : le droit d’entrée ou redevance initiale, une somme qui vous confère le droit d’exploiter le savoir-faire ou le concept de l’enseigne que vous avez choisie. Ce montant couvre aussi la formation initiale, la communication du réseau, les frais de lancement. Le droit d'entrée est en moyenne de 18 000 euros, selon AC Franchise.
- Enfin, vous devrez verser les royalties, c’est-à-dire les redevances au franchiseur tout au long de votre contrat. Selon les  réseaux, son taux, qui est en moyenne de 4%, pourcentage peut varier de 2 à 11% du chiffre d’affaires.  

Des royalties non négligeables

Trois ans après sa première ouverture d’agence, Thao Do apprécie certains avantages de la franchise : le fait de mutualiser la procédure dans le cadre de l’accès à l’agrément qualité, ou au recrutement, mais en même temps estime être assez autonome. Chez les franchisés d'Axéo, un référent se rend en région tous les deux ou trois mois. « Axeo nous permet d’utiliser sa marque mais on gère notre activité comme s’il s’agissait de notre structure », explique Jessica Bergin.
Ce suivi se paie cash : le franchisé doit payer tous les ans des « royalties » au franchiseur. «C'est vrai  que le pourcentage des royalties peut sembler assez élevé, compte tenu de l'autonomie que nous avons», reconnaît Thao Do.
Chez Babychou, de 2% du chiffre d‘affaires la première année, elles passent à 3% la deuxième et à 4% à partir de trois ans d’existence. Dans d'autres réseaux, elles peuvent atteindre 9 à 10% du chiffre d’affaires ! Une proportion qui semble alors démesurée. «  En moyenne, les royalties s'élèvent à 4% du chiffre d'affaires, note Thierry Rein, président de Family Sphere.
Cela semble légitime : il ne faut pas que les franchisés oublient tout l’apport qu’ils ont eu du réseau : la mise à jour du site Internet, la veille réglementaire…
Et puis les royalties des anciens permettent de donner du service aux nouveaux. » Néanmoins, Thierry Rein comprend d’autant plus les critiques qui peuvent être portées au système, qu’il est devenu franchiseur après avoir été un franchisé déçu. En juin 2006, il claque la porte du réseau Après la classe  et part -  avec 15 autres franchisés -  fonder Family Sphere. « Nous étions en désaccord avec le réseau « Après la classe » qui voulait déshumaniser la prestation, tout faire payer par Internet », explique-t-il.
  

Des franchiseurs sans scrupule
Cette expérience lui permet de mieux percevoir les attentes des franchisés, et de décrypter avec plus d’acuité certains travers de la franchise : « Le problème est que dans 80% des cas, les franchiseurs veulent juste rentabiliser leur réseau », estime-t-il. 
Dans le secteur des SAP, les effets d'aubaine sont tels que certains franchiseurs ouvrent des agences à tour de bras sans offrir le service d'accompagnement minimum qui permettrait de les rentabiliser à moyen terme.
« Ces dérives sont moins présentes que dans les années 1980 et 1990, lorsque la franchise avait besoin d'être professionnalisée, plaide Chantal Zimmer, déléguée générale de la Fédération française de la franchise. Mais il est vrai que le candidat à la franchise doit se poser les questions suivantes : "quelle formation, quel soutien tout au long du projet me donne le franchiseur pour quelles contreparties financières ? ".

Avant de vous lancer dans l'aventure, il convient donc de bien savoir ce que vous êtes prêt à payer.

Clothilde Warin

 

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Publié le 31/01/2011
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