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ENTREPRENDRE

Services à la personne et coopératives : l'exemple de Coopénates

Se lancer en tant qu'entrepreneur dans les services à la personne dans le cadre d'une coopérative est une voie possible. Il en existe aujourd'hui 12 en France réunissant au total 300 salariés. Quel est leur modèle économique ? Pour le savoir, nous avons rencontré Charles Etienne Dupré La Tour, 31 ans, qui codirige la coopérative d'activités et d'emploi Coopénates située à Strasbourg. Il nous explique son fonctionnement.

Services à la personne et coopératives : l'exemple de Coopénates

Cnikel : Qu’est-ce que Coopénates ?
Charles Etienne Dupré la Tour : C’est une coopérative d’entraide et d’emploi. Elle fédère des entrepreneurs individuels qui signent une convention et deviennent salariés de la coopérative. Mais ils restent autonomes et maîtres de leur politique tarifaire et contribuent au fonctionnement de la coopérative. Ils versent 15 % de leur chiffre d’affaires et bénéficient en retour d’un certain nombre de services.

Pourquoi intégrer Coopénates pour développer son activité dans les services à la personne ?

Beaucoup de personnes ont eu des expériences douloureuses avec un patron et souhaitent rebondir sans pour autant être isolées. Nous instaurons un rapport de confiance : on est là pour les aider. S’inscrire dans une coopérative permet de questionner son projet.
Tout commence par une réunion d’information collective de trois heures qui présente tous les services rendus (accompagnement, formation, rencontres). Puis un entretien diagnostic est réalisé. Plusieurs conseillers vous aident à faire le point sur votre projet et votre motivation à développer votre business sur le mode entrepreneurial.
Nous avons aussi une démarche qualité. Si vous êtes jardinier, on vérifie que vous avez la pratique nécessaire et le savoir-faire. Dans le cas contraire, on peut orienter vers une formation ou une évaluation en milieu de travail.
Une fois ces critères validés, une convention d’accompagnement est signée avec l’entrepreneur. Il s’engage à tout mettre en œuvre pour développer son activité et à trouver un premier client dans un délai de trois mois. La coopérative s’engage à l’accompagner à travers des rencontres individuelles, des objectifs et des ateliers (de formation, marketing, démarches commerciales, ou de gestion). Après six mois, une femme de ménage peut atteindre un salaire autour de 1200 euros nets par mois.

Est-ce une forme de coaching ?

Oui, surtout au cours des six premiers mois qui sont cruciaux. Lorsque des personnes ont travaillé pendant 20 ans à la chaîne… Se reconvertir dans un métier qui demande une très grande autonomie entraîne un changement de vie professionnelle conséquent !
Elles doivent être en mesure de construire leurs outils de communication et de prospection commerciale au bout de trois semaines. L’évolution vers une autre fonction est possible au gré des rencontres avec la coopérative : un jardinier est actuellement en transition vers un métier d’accompagnateur en montagne.

Quels sont les autres bénéfices ?
Leur rémunération est meilleure que s’ils étaient employés par une association ou une entreprise mais l’insécurité demeure (ils peuvent perdre des clients). La coopérative permet de trouver des pistes. Nous les incitons à parler des autres. Un jardinier peut donc proposer un autre intervenant à un particulier, par exemple.
Pour les congés, quelqu’un du réseau peut intervenir en remplacement. Des prêts d’outils existent. Il y a une autre forme de solidarité. 

Sur le plan financier, qui détermine le taux horaire des prestations fournies aux particuliers ?
Nous fonctionnons sur le modèle d’une société de portage salarial. Les entrepreneurs sont prestataires de services. Salariés de la coopérative, ils nous adressent leurs factures. L’entrepreneur perçoit un salaire après avoir reversé à la coopérative 15% de son chiffre d’affaires hors taxe.
On réfléchit à leur politique tarifaire, à la façon de répondre ou de se présenter face à un client. Mais nous imposons un seuil horaire minimum. On explique que 12 euros bruts de l’heure est insuffisant. Dans notre coopérative, une femme de ménage peut facturer jusqu’à 23 euros TTC (ndlr : soit environ 21 euros HT, 15 % sont versés à la coopérative. Une femme de ménage perçoit un salaire horaire brut d’environ 18 euros).

Tout le monde peut adhérer à Coopénates ?
Plusieurs métiers se distinguent : le jardinage, le ménage et l’informatique. Viennent ensuite le soutien scolaire et les cours à domicile. En réalité, nous refusons 50% des demandes d’intégration soit à cause du manque de motivation, d’absence de savoir-faire, ou de définition du projet.

La coopérative, on l’aime ou on la quitte ?
L’accompagnement est organisé sur deux ans. Ensuite, il est possible de devenir sociétaire.  Quelques-uns n’ont jamais dépassé le stade de la convention. D’autres, minoritaires, se rendent compte qu’ils ne sont pas faits pour le métier ou créent leur entreprise.

Quel est l’avenir de ces coopératives ?

Elles ont un bel avenir devant elles. Il devient important de repenser notre mode de fonctionnement au sein des entreprises pour des fonctionnements plus respectueux des hommes. Le secteur des services à la personne est en croissance quasiment ininterrompue depuis plusieurs années.
Nous incitons d’autres coopératives à développer des activités dédiées à ce secteur. Nous avons rendez-vous fin septembre avec l’Agence nationale des services à la personne  pour présenter notre démarche et obtenir une reconnaissance institutionnelle. Notre communication doit toucher spécifiquement les personnes qui travaillent dans l’entretien de la maison. Mais le concept de la coopérative reste encore à expliquer et à simplifier… Il s’agit bien, cependant, de réinventer un autre rapport au travail.


Marina Lemaire

► En savoir plus :
Coopénates, lancée en 2007, comprend 50 salariés et 5 points de chute en Alsace. www.coopenates.com et pour Paris, www.coopaname.coop
 

Publié le 14/09/2012
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