Les Parisiens importent la garde partagée en province
Ul, banlieue chic de Lille. Anna a quitté Paris pour y emménager. Dans ses cartons, la jeune maman a emporté son mode de garde : « A peine installée, j’ai cherché une famille prête à partager une nounou à domicile. Quand j’ai parlé de garde partagée, personne ne savait ce que c’était.»
Si à Paris le manque de place en crèche favorise la garde partagée, la province découvre tout juste le concept. Une pratique simple : des familles partagent, chez elles, les services d’une nounou, à temps plein ou à mi temps, pour s’occuper de leurs enfants.
« Ce mode de garde est typiquement parisien, souligne Anne Marquaille directrice de la Compagnie des familles, une agence spécialisée dans la gardes d’enfants à Aix en Provence. Le plus souvent ce sont des familles venant de la capitale qui en font la demande. Mais ici, cela reste encore très confidentiel. »
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Quels sont les avantages ?
Nous travaillons au calme dans une atmosphère familiale. Ce n’est pas l’usine comme parfois en crèche et nous n’avons pas à accueillir les enfants chez nous. Une fois la journée finie, le travail est derrière nous.
Quels sont les inconvénients ?
La durée des missions est en général de trois ans. Il n’est pas toujours simple de retrouver du travail. Autre inconvénient : lorsque nous sommes nous même maman, trouver un mode de garde adapté n’est pas toujours facile.
Que faut-il savoir ?
Il faut être clair avec les familles qui nous emploient. Notre travail n’est pas de nous occuper de la famille, mais des enfants. Notre convention collective est consultable sur le site de la Fepem : http://www.fepem.fr
Un coût pour les familles
La raison principale ?
La province échappe à la pénurie de place en crèche et d’assistantes maternelles. Pas besoin de trouver des modes de gardes alternatifs.
D’autant que cette prestation a un coût. Yohan Lefebrvre directeur de l’agence de Rouen insiste sur ce point « Même si cette garde donne droit à un abattement fiscal allant jusqu’à 50%, les provinciaux ont des revenus inferieurs de 15 à 30% aux parisiens. Or en moyenne, une famille devra avancer 800 euros par mois. Pour beaucoup, cela représente une sacrée somme ! »
Une garde pour les cadres citadins
Seules les personnes aux revenus confortables peuvent se permettre ce mode de garde à temps plein. A Bordeaux, Anne-Laure et Cédric exercent en profession libérale « nous travaillons beaucoup et les horaires de la crèche ne nous conviennent pas. » Le couple a trouvé, par bouche à oreille, une famille vivant à cinq minutes de chez lui et prête à partager une nounou : « Nous alternons la garde une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Notre fils est très content de retrouver chaque jour sa copine Alice.»
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Quels sont les avantages ?
Nous décidons de nos horaires et divisons les frais par deux. De plus quand l’enfant est malade, la nounou est là pour s’en occuper.
Quels sont les inconvénients ?
Les risques de mésentente avec l’autre famille sont réels : ne pas se mettre d’accord sur les vacances ou ne pas partager les mêmes valeurs sont autant de motifs de conflit. Avant de s’engager, je conseille de dîner avec la famille, histoire de voir ce vous avez en commun. Ou pas.
Que faut-il savoir ?
Pour bénéficier de la réduction d’impôt et ne pas avoir de problème avec la nounou, il est important de ne pas négliger la partie administrative. Tout est clairement expliqué sur le site : www.paris-servicesfamilles.com.fr
Du côté des nounous
Pour les nounous, pratiquer ce mode de garde peut s’avérer financièrement intéressant : « Toucher 1 700 euros nets par mois est un bon salaire, surtout en province. » souligne Yohan Lefebrvre.
Autre avantage, les nounous n’ont pas à fournir leur lieu de travail comme les assistantes maternelles qui reçoivent les enfants chez elle. « A Paris, c’est très intéressant, pour les nounous, affirme Eric Persin co-fondateur de Kangouroukids. Le plus souvent, ces femmes vivent en banlieue ou dans de petits appartements parisiens. Elles n’ont pas la place d’accueillir les enfants chez elles ».
Retour à Ul. La première année, Anna n’a pas trouvé de famille. A force d’en parler à son entourage, elle a fini par convaincre une famille de partager une nounou pour la sortie d’école : « l’idée a fait son chemin, je commence à la rentrée ! »
Julie de Bouville
* IRCEM : Institut de Retraite Complémentaire des Employés de Maison