Isaure ne se contente pas de nous raconter ses journées dans des appartements où elle est le plus souvent invisible, elle nous décrit, avec humour et minutie, l'envers du décor. « Elle imagine la vie de ses employeurs, ce qu'ils veulent bien montrer et ce qu'ils voudraient au contraire cacher. »
Après une courte expérience en tant que secrétaire médicale, Isaure, Bac+5, choisit de devenir femme de ménage.
Ses raisons :
Tout d’abord, les horaires, Isaure n’aime pas travailler le matin.
Ensuite les fréquentations, Isaure ne veut pas de collègues de bureau, pas d’intrigues de couloir encore moins de confidences impudiques.
Enfin les tarifs, une femme de ménage indépendante peut gagner par heure davantage qu’une secrétaire médicale.
Maniaque de la propreté, le ménage n’est pas une corvée pour Isaure. Elle se lance avec énergie dans ses nouvelles missions. Chez Juliette et Guillaume, « Je range chiffons et produits, oui j’attaque au NDD (Nettoyant – désinfectant – détartrant) la paillasse, l’évier, l’extérieur du frigo ».
Ce qu’elle aime dans son métier : observer qui sont les gens chez qui elle travaille et rendre beau les intérieurs. « J’adore quand les gens s’extasient parce qu’ils n’ont jamais vu leur intérieur aussi pimpant ».
Sa déformation professionnelle : évaluer n’importe où la quantité de travail qu’il faudrait pour nettoyer la saleté qu’elle repère.
Sa faiblesse : imaginer qu’elle est capable de rendre n’importe quel endroit propre et accueillant.
Isaure nous livre un récit drôle et cruel à la fois. Elle décrypte comme une ethnologue l’intérieur des appartements où elle travaille, des quartiers bobos parisiens aux zones dites plus sensibles. Son témoignage original et authentique regorge de détails où l’on passe entre hilarité et dégoût.
Car si le quotidien d’Isaure nous fait plutôt sourire au début de son livre, on est loin de Oui-Oui au pays du ménage. La réalité s’avère parfois très dure et sordide. Des employeurs qui la traitent comme un « cheveux gras dans un mug de thé », la rabaissent où la soupçonnent de vol. Des appartements où la saleté est récurrente « La puanteur est telle que les désodorisants ont lâché l’affaire… ». De sa dernière expérience chez les Courtier, Isaure en fait un Abécédaire assez terrible. Au mot four : « c’est la première fois qu’il a droit à une toilette approfondie en 20 ans d’utilisation. Par conséquent il aurait plus besoin d’un sculpteur que d’une bonne et moi plus d’un marteau piqueur qu’une éponge… »
Isaure met en lumière une réalité souvent méconnue et rend visible l’invisible. Elle devient elle-même comme oppressée par certaines situations dans lesquelles elle se retrouve. Ce qui au début était un métier choisi un peu par tranquillité et il faut bien le reconnaître un peu par manque d’ambition, devient peu à peu difficile à supporter. Mais Isaure a sans doute trouvé dans l’écriture une autre voie professionnelle…
On ne peut que vous recommander ce livre, un récit qui décape !
Bonne lecture !
► Mémoires d'une femme de ménage - De Isaure avec Bertrand Ferrier chez Grasset.
Emmanuelle Bayle
Merci pour ce conseil de lecture. Du coup, on n'ose pas dire que ça donne faim... Mais ça attire la curiosité. J'ai aussi découvert son blog, http://leblogdelabo[...]