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POINT DE VUE

Qui gardera nos enfants ?

Avec son livre «Qui gardera nos enfants » sorti le 8 février, Caroline Ibos*, docteure en sciences-politiques et sociologue, pose à notre société mondialisée une question fondamentale. Non seulement quel mode de garde pour nos enfants, mais aussi qui sont ces personnes qui les gardent ? Quel cas en faisons-nous ? Comment les recrutons-nous ? Comment les payons-nous, les reconnaissons-nous ? Comment vivent-elles ?

Qui gardera nos enfants ?

Et cette question qui semble banale, elle fait pourtant partie des rares à se la poser. Surtout quand il s'agit de femmes étrangères, originaires d'Afrique, d'Océanie ou d'Amérique du sud, qui n'ont pas toujours des papiers, qui ont dû laisser leurs enfants « au pays » pour venir aider la communauté en gardant ceux des gens aisés des quartiers bourgeois.

A l'heure où tout le monde s'intéresse à l'égalité entre femmes et hommes, qui se préoccupe du sort des femmes les plus fragiles que sont les nounous ? Elles  restent dans un angle mort de l'économie, de la société, invisibles. Pourtant, ce sont elles qu'on fait venir sur un « grand marché mondialisé du care », pour s'occuper des plus fragiles dans les sociétés occidentales : les enfants en bas âge, et les personnes âgées dépendantes.

Le problème, que montre si bien Caroline Ibos dans son ouvrage, c'est que les employeuses ne se contentent pas d'externaliser et de donner un travail à des femmes qui en cherchent un, ce qui pourrait être juste. Elles attendent tout d'elle, « qu'elle soit la meilleure nounou possible, mais sans la payer à la hauteur de leurs exigences.

Enfin, à ces femmes, qu'on paie moins de 1200 euros par mois (ce qui coûte moins de la moitié aux familles après aides) et à qui on ne reconnaît pas de compétences mais une nature, on leurs demande à la fois d'aimer nos enfants comme s'ils étaient les leurs (alors que les leurs ne sont pas avec elles), de faire une quantité de ménage toujours plus grande sans leurs concéder de place dans la famille.

Par ailleurs, les entretiens menés par la sociologue montrent à quel point les clichés racistes sont omniprésents dans l'attitude des familles employeuses, et révèlent un rapport de mépris social et de domination.

En fin de compte, notre société s'arrange de ce que des femmes migrantes, « prolétaires de la mondialisation », dit Caroline Ibos, font à la fois le travail d'un(e) employé(e) de ménage, d'une nounou et compensent l'absence des parents au domicile, parfois 60 heures par semaine.

Il serait temps qu'on les regarde autrement, qu'on les regarde tout simplement,  et qu'on en tire les conséquences en termes de salaires, de logement, d'accueil. Cela devrait être une priorité, sans laquelle on peut toujours dire qu'on veut professionnaliser les services à la personne,
on ne fera que perpétuer une domesticité traversée par les rapports de domination Nord-Sud.

Sandrine GOLDSCHMIDT

*Qui gardera les enfants ? Les nounous et les mères, publié chez Flammarion. Caroline Ibos a rencontré pendant 3 ans 13 nounous et 21 familles et a mené des entretiens avec elles.
 

Publié le 09/02/2012
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