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Sondage Cnikel

Travail à temps partiel subi pour la majorité des sondés

Cnikel a réalisé un sondage* en ligne auprès de l'ensemble des travailleurs inscrits sur le site. Les résultats révèlent trois enseignements majeurs : pénibilités importantes, parcours éclatés, temps partiels subis.

Travail à temps partiel subi pour la majorité des sondés

L'importance des pénibilités liées à l'exercice des métiers des services à la personne
En effet, environ la moitié des répondants déclare que leur activité est parfois ou souvent pénible, désagréable ou ingrate.
Mais cette pénibilité n'est pas ressentie de manière uniforme au sein des SAP.
Le travail auprès des personnes âgées par exemple accroît sensiblement l'exposition à un travail physiquement ou psychologiquement difficile.  Le sondage permet également de rappeler que ce sont souvent les salariés les plus qualifiés (titulaires du DEAVS, d'un BEP sanitaire et social ou ayant suivi une formation professionnelle spécifique par exemple) qui sont également les plus exposés aux difficultés. Or ces qualifications supplémentaires ne permettent pas toujours des gains réels en termes de salaire.


Ces déclarations sont conformes aux résultats d'enquêtes nationales sur les conditions de travail : les métiers de l'aide à la personne ou du ménage cumulent souvent des contraintes physiques et psychologiques. Ils sont également cohérents avec les analyses de l'enquête Intervenants à Domicile de la DREES par exemple qui souligne la corrélation entre pénibilité ressentie et fréquence des interventions au domicile de personnes dépendantes.
 
Mais là où le sondage est particulièrement instructif, c’est dans l’analyse des réponses données par les travailleurs (163) à la question ouverte sur la nature de la pénibilité.
 
Quatre catégories reviennent de manière fréquente :
-    les pénibilités physiques comme le fait de porter, se baisser, répéter des gestes fatiguants (41 réponses)
-    Les pénibilités physiques liées à la saleté excessive des logements (41 réponses également) les toilettes des personnes âgées ou dépendantes (25 cas)
-    Les pénibilités psychologiques particulières comme l'exposition à la mort et à la maladie
-    Les pénibilités psychologiques liées au mépris des clients ou employeurs.

 

Les pénibilités physiques :

-"Lorsqu'il faut porter une personne dont je m'occupe car elle est trop fatiguée et n'a plus de tonicité dans les jambes"
-"Lever ou coucher certaines personnes très dépendantes en étant seule"
-"Faire un soin lorsque le patient n'est pas coopératif ou à un patient dont le linge est souillé"
"Faire la toilette aux personnes âgées" -"Monter le bois ou le charbon ou remplir les poêles à mazout"
-"Nettoyer des toilettes très sales, récurer les toilettes, faire la vaisselle…"

La première catégorie est assez classique pour les métiers d'employés ou d'ouvriers. Elle est également assez bien perçue par les enquêtes nationales. Les trois autres sont par contre très spécifiques à ces métiers. Le sondage réalisé permet ainsi, à partir des expressions des travailleurs, de souligner la difficulté liée au nettoyage de la saleté des autres. Le caractère pénible du nettoyage des toilettes, du contact avec les excréments ou avec une saleté particulièrement vive est l'objet de nombreux commentaires. Ces derniers donnent corps à l'une des pénibilités spécifiques du ménage
à domicile et de l'aide à la personne.

 

 

Les pénibilités psychologiques :

-La non considération de certains employeurs est pour moi plus pénible que le travail lui-même
-Les nuits aux urgences pour remplacer les parents. c'est pénible de voir quelqu'un se détériorer par la maladie.
-Parfois, c'est difficile de convaincre des personnes âgées de manger quelque chose, de faire quelque chose.

Néanmoins, il est important de souligner qu’un nombre non négligeable de personnes (23) insiste sur l'absence de difficultés ou sur le fait que ces dernières sont liées à la nature même de l'activité et ne constituent alors pas des
« pénibilités » mais au contraire des occasions « d'aimer le métier ».
Les dimensions relationnelles sont le plus souvent mises en avant («toutes les tâches que je fais, je les fais avec cœur. L'amour de mon prochain est important»).
Ces réponses illustrent « l’éthique de la sollicitude » parfois décrite à propos des aides à domicile.
Elles sont ici le fait de salariées intervenant majoritairement auprès de personnes âgées ou dépendantes.


Le sondage permet ensuite de questionner les trajectoires individuelles des travailleurs des services à la personne
Sur ce point également, il confirme certains constats généraux : ce ne sont pas des métiers de début de vie active  et le niveau de qualification initial est assez bas.
Ainsi la plupart des salarié(e)s ont déjà exercé une autre profession préalablement (73% des répondants) et les épisodes de chômage sont très fréquents (45% ont connu une période de chômage depuis 2 ans).
Certes, la nature de l'échantillon peut expliquer en partie ces phénomènes (le site pouvant être utilisé pour rechercher de nouveaux clients ou employeurs), mais cet élément n'enlève pas le constat de parcours souvent difficiles et marqués par la précarité.

Plusieurs profils types peuvent ainsi apparaître.
Le premier est marqué par une très grande précarité. Il montre l'alternance de périodes de chômage et de « petits boulots » ou de situations temporaires : « travail en intérim divers et varié ; restauration ; secrétariat » ; « beaucoup de places imprécises »…

Le second regroupe au contraire des travailleurs ayant eu une expérience professionnelle longue mais qui a dû se terminer soit du fait d'un licenciement soit dans le cadre de contraintes familiales (maternité, déménagement). Ces salariées sont alors issues de professions diverses mais souvent lié(e)s à l'hôtellerie-restauration ou à l'industrie.

Un troisième groupe important concerne des travailleurs durablement inscrits dans les services à la personne et/ou le nettoyage. Ces salarié(e)s disposent alors plus souvent que les autres d'une qualification spécifique au secteur.


Enfin, ce sondage aborde les questions de temps de travail et de rémunération

Sans surprise, le temps partiel est la norme pour les répondants : 55% travaillent moins de 20 heures par semaine et seuls 19% effectuent plus de 30 heures pour se rapprocher ainsi d'un temps plein.
Logiquement  beaucoup d'entre eux souhaitent travailler davantage (83%). Majoritairement ces durées courtes s'expliquent par la difficulté à trouver plus d'heures (65% des répondants), plus rarement par des difficultés personnelles ou familiales (18%).

La faiblesse du temps de travail est par ailleurs associée à des rémunérations horaires souvent  faibles ce qui explique des revenus mensuels assez bas. Les données sont ici incomplètes (notamment sur la composition de la famille) mais elles permettent d'affirmer sans ambiguïté que prés d'un tiers des répondants est de manière certaine sous le seuil de pauvreté et un autre tiers ne s'en écarte que très faiblement. Le sondage souligne ainsi également que les travailleuses des SAP appartiennent souvent à des familles socialement fragiles : 45% des répondants sont célibataires, 12% ont un conjoint disposant d'un revenu mensuel inférieur à 1000€  et 25% un revenu compris entre 1000 et 1500€. Pour le dire autrement, parmi les répondants en couple, les deux tiers des conjoints gagnent moins de 1500€ par mois (pour rappel le salaire médian est légèrement supérieur à 1650€).

 

* Sondage en ligne réalisé en avril 2012 auprès d'une base de 6 000 inscrits sur Cnikel en collaboration avec François-Xavier Devetter, économiste et professeur à l'Université de Lille.

François-Xavier Devetter
 

► Pour en savoir plus :
Présentation des chiffres clés du sondage

 

Publié le 07/09/2012
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